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dimanche, mars 15, 2009

Un parti de Judas

Le 4 mai dernier, quelques douzaines de créditistes se réunissaient à Québec, en réponse à l'invitation faite par un Comité d'électoralistes qui foulent aux pieds la philosophie du Crédit Social. Les journaux du lendemain, qui n'ont jamais eu de place pour les événements les plus considérables du mouvement créditiste authentique, ont trouvé toute la place voulue pour le rapport, avec photos, d'un conciliabule poursuivant un but de sabotage. C'est déjà un signe.


Porte-étendard de la trahison

À cette réunion, le principal orateur fut Réal Caouette, qui réclame rien moins que la direction de toutes les forces créditistes de la province de Québec pour servir ses ambitions politiques frustrées.

Ce brandissement de l'étendard de la révolte a pu surprendre des créditistes moins renseignés. Il n'a aucunement surpris les directeurs de l'Institut d'Action Politique et leurs collaborateurs immédiats. Il y a au moins dix ans que se cultivait et se manifestait localement ce ferment malsain. Tout en essayant de le contenir, nous évitions tout éclat pour ne pas réjouir les adversaires du Crédit Social ni effaroucher les faibles. Mais Réal Caouette et son escorte ayant eux-mêmes posé l'acte d'éclat, il est du devoir de Vers Demain de placer les faits et les hommes devant ses lecteurs.

Depuis près d'un quart de siècle, le mouvement authentique du Crédit Social, conduit par l'Institut d'Action Politique et opérant politiquement par l'Union des Électeurs, travaille à démolir la politique de parti. Et le succès est venu couronner les efforts. Nous avons fait disparaître la politique de parti de l'esprit des créditistes qui s'inspirent de Vers Demain. Nous l'avons considérablement affaiblie dans l'électorat en général: le vote du 31 mars en est une manifestation; l'idole libérale qui dominait Québec est tombée, l'électorat se détache de l'idée parti.

Or voici qu'un petit groupe d'ambitieux veulent ressusciter l'idée de parti, en se parant de l'étiquette créditiste. C'est une horrible prévarication de tout ce que signifie la politique envisagée par le fondateur même de l'école créditiste, le Major Douglas. C'est cela la grande trahison dont Réal Caouette se fait porte-étendard.

Et par une aberration que seul peut expliquer l'orgueil qui aveugle son homme, Réal Caouette proclame ouvertement cet objectif après que 23 années de méthode électorale par le parti dit du Crédit Social ont abouti au néant absolu.

Réal Caouette serait prêt, s'il le pouvait, à entraîner tout le mouvement créditiste dans une aventure aussi catastrophique. Pourvu que lui entre au Parlement, quand même il mettrait tout le mouvement dans le trou pour cela, ce n'est pas lui qui travaillerait à le sortir du trou. Ni lui, ni Laurent Legault, ni les acolytes qui les entourent, n'ont le sens des responsabilités. Ils l'ont démontré péremptoirement au lendemain de l'aventure électorale de notre mouvement en 1948. Ce sont eux qui poussaient à la méthode électorale, avec «92 candidats dans 92 comtés». On leur fit cette concession. Ils y engouffrèrent les efforts, le temps et l'argent de milliers de créditistes, et la presque totalité de la réserve financière de Vers Demain. Or le lendemain de l'échec, ils étaient au repos, quand les autres, les vrais créditistes, les apôtres de la cause, se démenaient jusqu'à l'épuisement pour réparer le dégât.

Non, monsieur Caouette; non, monsieur Legault; non, messieurs les transfuges, les créditistes ne seront pas vos poires à ce point-là.

Le mouvement créditiste de la province de Québec et de tout le Canada français a été monté par des hommes et des femmes de dévouement: par des plein-temps qui y consacrent leur personne et leur temps tout entiers dans une vie de sacrifices; par des assistants-directeurs, conquérants et autres qui donnent leurs loisirs en tout ou en partie à l'apostolat pour la cause. C'est trop précieux pour en faire l'escabeau d'ambitieux et de prétentieux.

Réal Caouette a peut-être travaillé sincèrement au service de la cause, au début du mouvement dans le nord. Dans ce temps-là, il ne nourrissait peut-être pas encore d'ambitions politiques. Il a donné plusieurs dimanches à porter le message créditiste. Mais son succès électoral de 1946, qui fut dû en grande partie à l'aide des plein-temps et de la direction, semble l'avoir gonflé. Il en a tiré un panache qui lui rallie encore aujourd'hui quelques créditistes actuellement inactifs, sur lesquels il se fie pour son entreprise de sabotage.


C'est l'orgueil qui se révolte

Mais dans notre mouvement, ce n'est point le panache qui compte, ni l'airain sonnant, ni les cymbales retentissantes. Lorsque quelqu'un s'assoit dans son confort, cessant de se dévouer pour la cause, nous le laissons simplement à son confort, à son chalet ou à ses autres aises, et il n'y a point de place pour lui autour des tables où se tracent les programmes, ni sur les tribunes où on les proclame. Cela déplaît souverainement aux vaniteux. Aussi, était-il coutumier, dans nos assemblées régionales dans l'Abitibi, ou dans nos congrès annuels, de voir Réal Caouette et ses adulateurs tenir leurs apartés à l'écart dans le fond des salles, ou leurs cocus dans quelque Cadillac en marge de nos Congrès.

Trois semaines après notre dernier Congrès annuel, le 20 et le 21 septembre, Réal Caouette, Laurent Legault, Gilles Grégoire et huit autres personnes répondant à leur appel, se réunissaient à l'hôtel Mont-Royal, à Montréal, pour prendre des premières décisions en vue d'une organisation créditiste nouvelle, différente de l'Institut d'Action Politique.

C'était déjà officiellement se séparer de notre mouvement. Mais ils opéraient en cachette, imposant le secret à leurs confédérés. Puis une fois découverts, ils affirmaient qu'ils ne voulaient rien faire en marge de notre mouvement, que surtout ils ne voulaient pas former de parti politique. Le mensonge ne leur coûtait guère. À Rouyn, après une réunion des assistants-directeurs de la région, nous consentîmes à une entrevue de trois quarts d'heure avec Réal Caouette. Il réitéra ses sentiments de fidélité à la direction, et déclara que le groupe de l'hôtel Mont-Royal renoncerait à son idée. La suite prouva qu'il s'agissait là d'une promesse de politicien.

Dans le numéro de 15 mars (1958), Vers Demain répondait à la question: Quelle attitude recommander aux membres de l'Institut et de l'Union des Électeurs dans la présente élection fédérale?

Nous déconseillions toute candidature en relation avec l'Union des Électeurs ou avec le Crédit Social.

C'était une directive générale. Mais Réal Caouette se présentait alors comme candidat dans le comté de Villeneuve. Il se jugea visé personnellement. L'article l'irrita et irrita les autres électoralistes soi-disant créditistes de son comté.

Aurait-il donc fallu nous taire, ne pas exercer notre droit d'éclairer les créditistes, au moins les lecteurs de Vers Demain, en face de l'électoralisme qui, en certains endroits, travaillait les rangs des créditistes?

Si Vers Demain a le droit, et le devoir, de dénoncer les manœuvres de politiciens libéraux ou conservateurs, alors qu'elles opèrent à l'extérieur de notre mouvement, à plus forte raison a-t-il le droit et le devoir de dénoncer des manœuvres destructives qui ne craignent pas d'opérer à l'intérieur de notre mouvement - et l'électoralisme en est une.


La colère au service de l'orgueil

Les passions de Caouette et de son groupe se déchaînèrent. Surtout après sa défaite électorale, qu'il ne pouvait avaler.

Aucun candidat créditiste ne fut élu dans tout le Canada à cette élection. De sorte que, quand bien même Caouette l'aurait été, qu'aurait-il pu faire seul dans le Parlement, en matière de Crédit Social, quand 10 à 19 députés créditistes n'y avaient pu rien faire pendant 23 ans?

Le peuple n'aurait rien eu de plus. Mais pour Caouette, c'est Caouette et non le peuple qui compte. Et sa rage éclata.

Le samedi suivant cette défaite, sa quatrième défaite électorale, parlant à la radio de Rouyn, il déversa sa bile et sa colère contre Vers Demain, contre la direction du mouvement, plus particulièrement contre Mme Gilberte Côté-Mercier. Mme Gilberte Côté-Mercier est pourtant la personne qui s'est le plus entièrement donnée à la cause du Crédit Social, avec le dévouement le plus pur, sans la moindre récompense matérielle, sacrifiant parfois jusqu'à sa réputation pour servir la cause. Et cela, alors que le paon Caouette se contentait de se produire en public et de vivre le plus confortablement possible.

Des électoralistes de l'entourage de Caouette allèrent jusqu'à dire: «S'il faut choisir entre Réal Caouette et Mme Gilberte Côté-Mercier, on choisit Caouette!»... Le ver-luisant plutôt que l'étoile.

D'autres disaient, et faisaient écrire dans des journaux, que notre désaveu de la candidature Caouette provenait de ce que la directrice était jalouse de Caouette et de son prestige. Comme si l'éducation universitaire et post-universitaire de Mme Gilberte Côté-Mercier avait quelque chose à envier au vernis de cours commercial de Réal Caouette; ou comme si Mme Côté-Mercier pouvait être jalouse du garage de Réal Caouette ou de son chalet d'été.

Mais le choix n'est pas entre elle et lui. Le choix est entre l'Institut d'Action Politique et l'électoralisme; entre l'éducation, la formation d'un peuple, et l'exploitation du peuple pour obtenir une majorité électorale, pour occuper un siège où il n'y a rien à faire pour le Crédit Social, mais $10,000 à ramasser des taxes du peuple.

C'est tout puant encore de ses salissures à la radio de Rouyn que, le 4 mai, Réal Caouette s'est fait élire président d'un nouveau groupement qui, prétend-il, ralliera sous sa bannière, en moins d'un an, tous les créditistes de la province de Québec.

Ces déraillés ont décidé de s'appeler le Ralliement, en attendant de se trouver un nom à leur prochaine réunion, à la fin d'août. Ils n'ont pas besoin de s'en chercher un bien longtemps. Ils trahissent une cause. Les gens qui trahissent s'appellent traîtres. Si la cause qu'ils trahissent est belle, on les appelle des Judas. Le Crédit Social est une cause très belle, et ceux qui la trahissent sont des Judas. Le parti de Réal Caouette est un parti de Judas.


Vers Demain, 1er juin 1958


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