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DÉMYSTIFICATIONS

Ce site traite des mythes sociaux. Les articles peuvent être longs. Les personnes qui n’aiment pas lire ou qui cherchent seulement les textes peuvent visiter mon forum. Les gauchistes et les anticléricaux sont bienvenues, mais à leurs risques et périls. Les sujets seront variés: sociologie, philosophie, religion. Les langues sont l’en anglais et le français. Donc les anglophones qui veulent participer sont très fortement invités à le faire. This blog is bilingual: French & English.

lundi, mars 30, 2009

CONCLUSION

Nous avons vu dans cette étude analytique de ses années de formation que George Sand nous donne, par le merveilleux ainsi que par la nécessité de l'explication positive, les assises d'une psychologie essentielle au petit être avide de savoir par la découverte des faits et des songes. Par le songe, l'intelligence trouve une ouverture à l'esprit, et par les faits un arrêt qui la soutient. En effet, on ne s'appuie que sur ce qui résiste, et la résistance des matériaux est de première nécessité dans l'échafaudage d'un bâtiment éternel comme celui d'une cathédrale de l'esprit. Cette espèce d'architecture de la jeune nature pousse en tous sens ses voûtes, ses cintres et ses arêtes saillantes pour aboutir au dogme qui couronne son esprit.

Pour elle la gaieté, l'espièglerie, l'adolescence même sont des dons de Dieu qui ne prêtent pas à rire mais qui font sourire avec douceur et indulgence ceux qui, en contemplant les anciennes fresques et frasques d'autrui, reverront les leurs. Pour s'en tenir à ses observations à propos de cet âge, elle dit qu'il est celui de l'ingénuité première qui ferait de nous des êtres parfaits si nous pouvions allier la poésie de l'adolescence à la sagesse de la majorité. (1)

Pour ne pas perdre ces trésors de la prime jeunesse, George Sand entend nous faire saisir tout le frisson de leur présence dans notre moi rajeuni par le meilleur souvenir de lui-même. L'homme se retrouve à travers MONTAIGNE, l'enfance et l'adolescence dans quelque grâce sandienne. C'est ainsi que la littérature française présente, dans la suite de ses générations, des maîtres qui se répondent à tour de rôle: MONTAIGNE par ses «Essais», George Sand par ses souvenirs, tous deux par des causeries avec l'au-delà délectable de l'émoi.

(1) Ibid., III, 167.

***

Achevé d'imprimer sur les presses de

Ateliers des Sourds (Montréal) inc.

en novembre 1970

vendredi, mars 27, 2009

LOUIS EVEN

Le Crédit Social
n'est pas un
Parti politique


Ni candidats

Ni campagne électorale

Mais une force active
dans le peuple lui-même




PUBLIÉ PAR L'INSTITUT D'ACTION POLITIQUE

Première édition

1962

Tous droits réservés


TABLE DÈS MATIÈRES

Au-dessus des partis politiques

Le parti crée une muraille

Politicien, oui - Créditiste, non

Compter sur un parti, une illusion

Le créditiste devant une élection

Une force, et non pas un parti

À la veille d'une élection

Un parti de Judas

La place du créditiste n'est pas là

Mensonge avant la culbute

Douglas et l'électoralisme

«Parti», contraire de Crédit Social

Par un peuple éclairé et formé

jeudi, mars 26, 2009

Au-dessus des partis politiques


Contrairement à une idée trop répandue au Canada, le Crédit Social n'est nullement un parti politique, même si un parti canadien s'est paré de ce nom.

Le Crédit Social est une doctrine, un ensemble de principes énoncés pour la première fois par un homme de génie, l'Écossais C. H. Douglas. La mise en application de ces principes, dans leur aspect financier, ferait l'organisme économique et social atteindre sa fin propre, qui est la satisfaction des besoins humains.

Le Crédit Social ne créerait ni les biens ni les besoins, mais il éliminerait tout obstacle artificiel entre les deux, entre la production et la consommation, entre le blé dans les silos et le pain sur la table. L'obstacle aujourd'hui, au moins dans les pays évolués, est purement d'ordre financier - un obstacle d'argent. Or le système financier n'émane ni de Dieu ni de la nature. Établi par des hommes, il peut être ajusté pour servir les hommes et non plus pour leur créer des difficultés.

À cette fin, le Crédit Social présente des propositions concrètes. Fort simples, ces propositions impliquent cependant une véritable révolution. Le Crédit Social ouvre la vision sur une civilisation d'un aspect nouveau, si par civilisation on peut signifier les relations des hommes entre eux et des conditions de vie facilitant à chacun l'épanouissement de sa personnalité.

Sous un régime créditiste, on ne serait plus aux prises avec les problèmes strictement financiers qui harcellent constamment les corps publics, les institutions, les familles, et qui empoisonnent les rapports entre individus. La finance ne serait plus qu'un système de comptabilité, exprimant en chiffres les valeurs relatives des produits et services, facilitant la mobilisation et la coordination des énergies nécessaires aux différentes phases de la production vers le produit fini, et distribuant à tous les consommateurs le moyen de choisir librement et individuellement ce qui leur convient parmi les biens offerts ou immédiatement réalisables.

Pour la première fois dans l'histoire, la sécurité économique absolue, sans conditions restrictives, serait garantie à tous et à chacun. L'indigence matérielle serait chose du passé. L'inquiétude matérielle du lendemain disparaîtrait. Le pain serait assuré à tous, tant qu'il y a assez de blé pour assez de pain pour tous. De même pour les autres produits nécessaires à la vie.

Cette sécurité économique, chaque citoyen en serait gratifié comme d'un droit de naissance, à seul titre de membre de la communauté, usufruitier sa vie durant d'un capital communautaire immense, devenu facteur prépondérant de la production moderne. Ce capital est fait, entre autres, des richesses naturelles, bien collectif; de la vie en association, avec l'incrementum qui en découle; de la somme des découvertes, inventions, progrès technologiques, héritage toujours croissant des générations.

Ce capital communautaire, si productif, vaudrait à chacun de ses copropriétaires, à chaque citoyen, un dividende périodique, du berceau à la tombe. Et vu le volume de production attribuable au capital commun, le dividende à chacun devrait être au moins suffisant pour couvrir les besoins essentiels de l'existence. Cela, sans préjudice au salaire ou autre forme de récompense, en plus, à ceux qui participent personnellement à la production.

Un revenu ainsi attaché à la personne, et non plus uniquement à son statut dans l'embauche, soustrairait les individus à l'exploitation par d'autres êtes humains. Avec le nécessaire garanti, un homme se laisse moins bousculer et peut mieux embrasser la carrière de son choix.

Libérés des soucis matériels pressants, les hommes pourraient s'appliquer à des activités libres, plus créatrices que le travail commandé, et poursuivre leur développement personnel par l'exercice de fonctions humaines supérieures à la fonction purement économique. Le pain matériel ne serait plus l'occupation absorbante de leur vie.

* * *

Mais, si logiques, si sociales et si respectueuses de la personne humaine que soient les propositions du Crédit Social, elles brisent radicalement avec des notions généralement reçues et considérées comme sacrées et intangibles.

C'est pourquoi le Crédit Social ne peut pas résulter d'un simple changement de parti au pouvoir. On n'impose pas une civilisation nouvelle par une élection. Il faut d'abord la faire connaître, la faire désirer, la faire rechercher par la population. Et puisqu'il s'agit d'une civilisation créditiste, disons qu'il faut d'abord développer une mentalité créditiste, faire prévaloir une attitude d'esprit favorable à la vision présentée par le Crédit Social.

La population du Canada n'en est pas encore là. M. Low et les dirigeants de son parti, faussement appelé créditiste, le savent bien, puisque, pour briguer les suffrages de l'électorat, ils commencent par supprimer le dividende du Crédit Social de leur programme officiel.

Le problème n'est donc pas de mousser un parti politique, mais de faire connaître, aimer et désirer le Crédit Social.

D'ailleurs, la seule conception de parti contredit la philosophie du Crédit Social. Les partis existent pour essayer de prendre le pouvoir et ne s'agitent bien que lorsque est ouverte la lutte pour le pouvoir. Le Crédit Social, lui, distribuerait le pouvoir le plus largement possible entre tous les membres de la société. Le pouvoir économique, par un pouvoir d'achat garanti à chaque individu. Le pouvoir politique, en faisant des députés les représentants réels de leurs électeurs, et non plus les domestiques d'un parti.

Il faut que les électeurs apprennent à exprimer leur volonté commune en tout temps. C'est entre les élections que se prennent les décisions qui affectent la vie des citoyens. Se contenter de voter pour un candidat de parti, puis accepter passivement tout ce qui se décide sans l'avis de ceux qui doivent faire les frais des décisions, c'est de l'infantilisme politique.

Vers Demain, 15 mai 1957

Le parti crée une muraille


N'importe quel groupe ou mouvement qui s'occupe de la question sociale gagnerait beaucoup à connaître et assimiler les principes du Crédit Social.

N'importe quel représentant du peuple, individuellement, à quelque parti politique qu'il appartienne, s'il veut véritablement la promotion du bien commun, ne devrait pas hésiter à réclamer une répartition adéquate de la richesse, respectant la liberté personnelle, la propriété et l'entreprise privées. Ce qu'il peut faire tout en demeurant dans le parti qu'il juge le plus apte à administrer le pays.

Mais nous voyons mal qu'une idée maîtresse comme le Crédit Social, qui transcende les partis politiques, qui les enrichirait tous, soit en quelque sorte clôturée sous le nom d'un parti politique. Le Crédit Social est un universel. Un parti politique est une part, un morceau. Appeler un parti «Crédit Social», c'est vouloir enchaîner un universel dans un limitatif.

Du moment où vous faites des mots Crédit Social le nom d'un parti politique, vous excluez la possibilité pour un Libéral de se déclarer pour le Crédit Social: ce serait se déclarer pour un parti concurrent. Il vous objectera: Je ne puis pas être en même temps du parti Libéral et du parti Crédit Social. La même chose pour l'adhérent de n'importe quel autre parti politique.

Et si la population est habituée à penser à un parti politique quand elle entend les mots « Crédit Social», vous risquez fort de trouver des oreilles distraites, sinon bouchées d'avance, quand vous voulez présenter le Crédit Social à des auditeurs d'un autre parti.

Le but d'un parti politique, c'est de rester au pouvoir s'il y est, ou de tendre au pouvoir s'il n'y est pas. Il y a donc nécessairement lutte entre les partis politiques. Chaque parti est adversaire de l'autre ou des autres. Appeler un parti «Crédit Social», c'est durcir les adhérents de tous les autres partis contre tout ce qui porte nom Crédit Social.

Puis on ne soumet pas une vérité au vote.

Faire du Crédit Social le sujet d'un vote, c'est se faire dire après un échec: «Vous voyez bien que ce n'est pas bon comme vous dites, puisque le peuple a voté majoritairement contre cela.»

* * *

On nous demandera peut-être: Comment allez-vous faire adopter une législation créditiste si le parti au pouvoir n'est pas créditiste?

Nous croyons que le Crédit Social prévaudra partout, même dans les partis politiques, au pouvoir comme dans l'opposition, lorsqu'il aura été suffisamment accepté dans les esprits et demandé par la population elle-même. C'est ce à quoi s'applique notre Institut d'Action Politique. Et c'est justement pour ne pas dresser des murailles entre le Crédit Social et les esprits, encore trop habitués à ne penser politique qu'en fonction de partis, que nous ne voulons point voir l'idée de Crédit Social liée à l'idée de parti.

Vers Demain, 1er janvier 1957

mercredi, mars 25, 2009

Politicien, oui. - Créditiste, non.


L'Hon. William Bennet est premier ministre de la Colombie-Britannique. Son parti provincial porte le nom de «Crédit Social».

M. Bennett seconde M. Low dans la présente campagne électorale fédérale. Comme lui aussi, il donne des conférences de presse. Comme lui aussi, il s'attaque à l'Union des Électeurs, au mouvement créditiste de Vers Demain.

Confond Crédit Social et parti

Dans la fin de semaine de Pâques, M. Bennett donnait deux conférences de presse: l'une à Québec, l'autre à Montréal.

Dans le rapport de celle de Québec, dans L'Action Catholique du 23 avril, on lit:

M. Bennett a décrit, dans les grandes lignes, les progrès sociaux et économiques, en Colombie-Britannique, depuis l'avènement, dans cette province, du Crédit Social qu'il dirige. «Le système financier en vigueur dans notre province est le système économique le plus sain qui soit», dit-il.

M. Bennett peut parler de l'avènement de son parti au pouvoir en 1952; mais non pas de l'avènement du Crédit Social. Le Crédit Social n'est nullement appliqué en Colombie, pas plus que n'importe où ailleurs. Cette province opère exactement sous le même système financier que toutes les autres provinces du Canada, que tous les pays du monde occidental, et sans doute de tout le monde civilisé. Quand M. Bennett déclare que «le système financier en vigueur dans sa province est le système économique le plus sain qui soit», il décerne simplement un certificat de salubrité publique au système financier actuel.

Repousse le dividende

À Montréal, les journalistes ont questionné M. Bennett sur le Crédit Social, et non pas seulement sur son administration. Ils lui ont demandé sa pensée sur le dividende du Crédit Social. Embarrassé et cherchant à esquiver le sujet, il a fini par déclarer que, en Colombie, il ne saurait être question du dividende à moins d'une période prolongée de crise.

Voilà bien qui montre la complète ignorance de M. Bennett en fait de Crédit Social.

Il faut avoir une drôle de notion du dividende pour en faire une exclusivité de temps de crise prolongée. Est-ce que les compagnies distribuent des dividendes quand elles sont dans le trou ou bien quand elles sont prospères?

M. Bennett prend-il le dividende du Crédit Social pour du «secours direct?»
Le Crédit Social n'est pas une doctrine de temps de crise; c'est une doctrine de tout temps.

C'est en tout temps que la production moderne est due en grande partie à un héritage de découvertes, de techniques, d'applications scientifiques, accumulées à travers les générations, et patrimoine de toute la société. C'est un capital communautaire dont le rendement doit valoir une quote-part à tous les membres de la communauté. Donc un dividende à tous, en tout temps. Et plus le capital communautaire produit, plus le dividende doit grossir - donc un plus gros dividende en temps de grande production.

Si M. Bennet ignore le Crédit Social, M. Low, lui, sait mieux. Pourquoi donc a-t-il supprimé le dividende du programme de son parti? Est-ce le Crédit Social ou le pouvoir qu'il poursuit?

Le Crédit Social est un tout complet. Si vous en élaguez un seul élément constitutif, ce n'est plus du Crédit Social. Cela ressemblerait à se proclamer catholique, tout en éliminant la Pénitence et l'Eucharistie, ou en admettant le divorce, ou en amputant le Décalogue d'un commandement ou deux.

Ni Bennett, ni Low, ni leur programme n'ont de place pour le dividende. Mais ils en ont pour des mesures socialistes comme l'embauchage intégral et l'assurance-santé d'État. Et tout en promettant de promouvoir la création d'emplois, apparemment pour occuper la main-d'œuvre qui chôme, ils favorisent une politique d'immigration pour amener au Canada de la main-d'œuvre de l'étranger.

Ce sont ces messieurs-là, ces prostituteurs de la belle doctrine de Douglas, qui voudraient tuer le mouvement créditiste le plus authentique du Canada et voir disparaître le journal Vers Demain, le plus grand éducateur créditiste du Canada français!...

Vers Demain, 15 mais 1957

samedi, mars 21, 2009

Compter sur un parti, une illusion

L'application du Crédit Social instaurerait une démocratie authentique. Démocratie économique, en rendant chaque consommateur capable de commander à la production du pays les biens de vie nécessaires à ses besoins. Démocratie politique, en autant que le peuple pourrait signifier à ses représentants élus, à ses gouvernements, ce qu'il attend d'eux et en exiger des résultats. (Demos, peuple; kratein, régner. - Démocratie: souveraineté du peuple.)

Tout créditiste tant soit peu renseigné sait bien qu'aujourd'hui, le pouvoir suprême n'est exercé ni par le peuple, ni par ses gouvernements, mais par une coterie financière. Des hommes d'État, comme Gladstone, Wilson, et bien d'autres, l'ont déclaré explicitement. Mackenzie King promettait, en 1935, la plus grand bataille de tous les temps «entre les puissances financières et le peupie.» Bataille qu'il n'a pas engagée, sans doute parce qu'il jugeait les puissances financières trop fortes et le peuple trop faible.

Faible, le peuple l'est, en effet; et il peut bien l'être quand, premièrement, il ignore à peu près tout de la chose publique et de ce qui se passe dans les coulisses; faible, deuxièmement, quand, au lieu de l'instruire de ces choses, ceux qui s'agitent devant lui le divisent en factions politiques adversaires les unes des autres. Ce n'est pas une faction de plus qui créera l'union, l'union qui ferait sa force, alors que la division accentue sa faiblesse.

C'est un homme de génie, C.-H. Douglas, qui a découvert la grande vérité qu'est le Crédit Social; lui qui a fondé l'école créditiste. Il connaissait certainement mieux ce que le Crédit Social signifiie, en fait de démocratie, que ces petits hommes de chez nous qui voudraient faire du Crédit Social le fanion de leur course au pouvoir, ou au moins une estrade pour leurs trémoussements à la recherche d'un siège de député.

Or, Douglas déclarait, dans une conférence à NewcastIe-upon-Tyne, le 19 mars 1937, qu'il existe en Angleterre deux principaux obstacles à une démocratie authentique, et le premier de ces obstacles, c'est le système de partis.

Il en est de même au Canada, et la solution ne consiste pas à nourrir le système de partis, mais à l'affaiblir. Rendre les partis existants inoffensifs, non pas en faisant une autre coupure dans le peuple, mais au contraire en unissant les citoyens, tous les citoyens, sans distinction de partis, pour exprimer leur volonté commune à leurs élus, quels que soient ces élus et leur couleur politique. Mettre l'accent sur ce qui se fait entre les élections, quand se tisse le sort des citoyens, plus que lors des élections quand se joue le sort des politiciens.

Unir les citoyens. Pour cela, commencer par les faire prendre conscience qu'ils veulent tous les mêmes choses fondamentales; puis les convaincre qu'en insistant de concert pour obtenir ce que tous veulent ainsi, ils l'obtiendraient infailliblement.

C'est encore le Major Douglas qui, en une autre occasion, à Liverpool, le 30 octobre 1936, disait:

«La souveraineté du peuple, c'est-à-dire son aptitude effective à donner des ordres, croîtrait avec son unanimité; et si tout le peuple demandait le même résultat, il n'y aurait aucune possibilité de partis, et il serait également impossible de résister à sa demande.»

Voilà bien, il nous semble, une ligne de conduite toute tracée. Ligne de conduite parfaitement en accord avec le bon sens même.

Vous ne pourrez jamais mettre tout le monde d'accord autour d'une boîte électorale. Mais vous pouvez mettre passablement tout le monde d'accord sur les résultats à réclamer de la politique, si vous avez soin de les présenter dans l'ordre de leur universalité et de leur urgence: la sécurité économique, une suffisance de biens aujourd'hui et garantie pour demain, la liberté de chacun à choisir son occupation et son mode de vie. Tout le monde veut ces choses-là; et, comme le remarque Douglas, même ceux qui ne s'en soucient pas pour les autres les veulent pour eux-mêmes.

Pourquoi donc centraliser l'attention et tourner les activités vers la boîte électorale, vers la chose qui désunit, au lieu de s'appliquer à unir effectivement tout le monde autour de demandes sur lesquelles tout le monde peut être d'accord?
Jamais une réforme importante n'a été obtenue par la formation d'un nouveau parti politique. La plupart du temps, le parti établi en vue d'une réforme majeure meurt faute de succès électoral; et si, par hasard, il arrive au pouvoir, il trouve assez d'obstacles, devant lesquels il finit par s'immobiliser et n'avoir plus d'autre objectif que de rester au pouvoir sans rien faire de plus que les partis traditionnels. Pour vaincre les obstacles, il lui manquait une force: celle d'un peuple suffisamment éclairé et suffisamment formé, politiquement.

D'ailleurs, une réforme ne peut pas naître d'une élection. Elle provient, de façon naturelle et démocratique, de la maturation d'une idée-force bien cultivée; de son acceptation, de sa demande par un nombre suffisant d'esprits pour créer une volonté générale, exprimée sans être liée aux aléas de résultats électoraux.

Le Crédit Social entrera dans la législation du pays quand il sera devenu l'objet d'une demande générale, tellement affirmée que tous les partis politiques l'accueilleront dans leur programme. Le séquestrer dans un parti politique, c'est lier son sort au sort électoral de ce parti. Et ça peut signifier recul au lieu d'avance. Ainsi, en Nouvelle-Zélande, le parti appelé «Crédit Social» qui avait obtenu 11 pour cent du vote aux élections de 1954, n'en a cueilli que 7 pour cent aux élections du 30 novembre dernier. On pourra certainement fournir bien des explications à cette dégringolade; elles ne serviront qu'à prouver que lier le sort du Crédit Social à la boîte électorale n'est pas placer la cause dans un train bien fiable.

Une idée nouvelle se diffuse par la propagande, elle s'enracine par l'étude. Plus elle est neuve et de vaste portée, plus son expansion et son implantation demandent d'efforts, de temps aussi ordinairement, de ténacité toujours. La cause qui la porte a bien plus besoin d'apôtres que de députés.

Il n'y a pas besoin de sortir de notre pays, ni de fouiller bien loin dans l'histoire, pour trouver les échecs de partis conçus en vue d'une réforme ou de réformes. La province de Québec en a fourni plusieurs exemples en moins d'une génération.

Dans toutes ces aventures, les fondateurs se fiaient sur un succès électoral rapide. L'éducation politique du peuple importait peu ou pas. Du peuple, on cherchait le vote, c'est tout. Et parce que le succès électoral escompté n'est pas venu, les tambours se sont tus.

Ce fut le sort de l'Action Libérale Nationale. Ce fut le sort du Bloc Populaire. Il y eut quelques autres essais aussi, de moindre importance sauf dans l'esprit de leurs auteurs.

Les promoteurs de partis nouveaux jugent sans doute que l'éducation politique du peuple prendrait trop de temps, si toutefois ils se sont arrêtés à cette pensée. Un bon vote leur paraît une méthode plus normale et surtout plus rapide. Résultat: des pierres tombales, que ne visitent même plus ceux qui patronnaient ces partis défunts. Nombre de ces messieurs se sont gentiment casés depuis sous les ailes de partis traditionnels qu'ils avaient pourtant éloquemment dénoncés.

Monter la force du peuple, pour que son poids sur les gouvernements dépasse la force des puissances financières. Ce n'est pas dans un parlement que l'on monte la force du peuple. C'est là où le peuple est - en dehors des parlements. Et c'est là la place d'un véritable mouvement créditiste.


Vers Demain, 15 janvier 1958

vendredi, mars 20, 2009

Le créditiste devant une élection

Où est l'importance d'une élection en comparaison de l'importance du travail qui nous occupe?

Nous, de Vers Demain; nous, de l'Institut d'Action Politique; nous, de l'Union des Électeurs, nous nous activons à l'année longue - et avec fruit - à l'amélioration des conditions de la multitude. Et nous sommes obligés de le faire, non seulement sans l'appui des politiciens, mais souvent contrariés par eux. Lorsque vient une élection, serions-nous assez sots pour donner même une parcelle de notre temps, ou mettre un seul sou, à nous occuper du sort des politiciens? Nos activités sont trop sacrées pour les avilir à cette petite besogne: ce serait une prostitution.

Il y a trop de gens qui se contentent de nous regarder faire, quand nous nous dévouons sans compter et sans chercher de récompense matérielle. Si ces gens-là se trouvent tout d'un coup des jambes et une langue lorsque vient une élection, ils peuvent s'amuser à leur cœur content, mais sûrement pas compter nous entraîner dans leur sillage.

Notre mouvement créditiste, parce qu'il est vraiment créditiste, veut redistribuer le pouvoir aux personnes, aux personnes qui composent le peuple. Elles se trouvent en dehors des parlements. Nous n'allons pas nous écarter de notre mission, et nous dépenser pour asseoir quelques individus sur des sièges où, payés par le peuple, ils l'oublient totalement et ne font rien pour lui.

Eux-mêmes, les députés, admettent qu'ils ne font rien. Ils sont les premiers à vous dire, quand vous allez réclamer des choses pour tout le monde: «Je ne suis pas capable».

M. E. H. Hansell, un député du groupe de Solon Low, est au Parlement d'Ottawa depuis plus de 22 ans. Dans un discours à la Chambre des Communes, le 11 novembre dernier, se trouvant à par1er des Conservateurs, dont plusieurs en étaient à leur première expérience au Parlement, il disait:

«Les jeunes, qui sont entrés ici récemment, sont vraiment de bons députés. Cependant, quand ils seront ici depuis aussi longtemps que certains d'entre nous, ils constateront qu'ils n'ont guère d'influence. On parle de la suprématie du Parlement. Que c'est drôle! Tout ce que nous pouvons faire au Parlement, c'est de parler fort comme je le fais maintenant. Je ne sais même pas si l'on nous écoute. On parle de la suprématie du Parlement; c'est vraiment une farce.»

Alors, est-ce que, vraiment, ça vaut la peine de s'exciter pour cette farce, pour envoyer quelqu'un s'asseoir sur un siège d'incapable?

Ce ne sont pas les députés qui peuvent jalonner la voie du gouvernement. Elle est tracée par le gouvernement invisible, non soumis aux élections. Seule, une pression majeure, tenace et croissante, peut décider le gouvernement à se soustraire radicalement aux puissances qui le dominent aujourd'hui.

La seule force capable d'exercer efficacement cette pression, c'est la force d'un peuple renseigné, uni, déterminé et réclamant impérativement des résultats.

Qui peut monter cette force-là? Ceux qui y travaillent, les créditistes actifs. Où peuvent-ils la monter? En dehors du Parlement, puisque c'est en dehors du Parlement que se trouve le peuple.

Hansell sait bien que, dans le Parlement, il n'a pas fait un seul créditiste en 22 ans. Pourquoi s'enfermer huit mois par année en une place où l'on ne peut rien faire?

Ce serait rendre mauvais service à la cause qu'envoyer un créditiste actif dans cette enceinte d'incapacité. Et ce serait déroger à notre fonction que nous occuper de ce jeu de fous, plutôt que continuer sans répit notre beau travail auprès du peuple. Laissons l'excitation aux étourdis: il y en a toujours assez.

Donc, pendant la campagne électorale, les créditistes, les vrais, continuent leur travail de tout le temps, auprès du peuple et pour le peuple. Si un candidat passe devant nous, crionslui notre programme, et refusons d'entendre le sien. Ce n'est pas à celui qui est payé de décider ce qu'il va faire: les ordres doivent venir de ceux qui paient.

Mais, surtout, n'oublions pas que c'est le sort des politiciens, et non pas le sort du peuple, qui est dans l'air pendant la campagne électorale. Laissons les politiciens se démener: c'est leur tour. Et qu'ils le fassent sans nous. Pour nous, restons à notre noble mission.

Vers Demain, 1er mars 1958

Une force, et non pas un parti

L'Union des Électeurs est une force politique, mais non pas un parti politique.

Aussi, l'Union des Électeurs ne présente aucun candidat dans l'élection fédérale en cours.

L'Union des Électeurs essaie de grouper tous les citoyens, de tous les partis, autour de la doctrine du Crédit Social. Cette doctrine réclame le pouvoir d'achat entre les mains de tous les consommateurs; et elle veut voir le pouvoir politique entre les mains, non pas d'un parti ou de chefs de partis, mais entre les mains de tous les citoyens.

L'Union des Électeurs est donc bien en conformité avec les enseignements du Crédit Social.

L'idée de parti politique est en opposition directe avec la philosophie du Crédit Social.

Il y a pourtant au Canada un parti qui s'appelle «Crédit Social» et qui présente des candidats: le parti dont Solon Low est leader fédéral.

Mais c'est trahir le sens du Crédit Social que de l'assimiler à un parti politique. Appeler un parti «Crédit Social», c'est une prostitution des termes.

Il ne peut pas plus y avoir de parti du Crédit Social qu'il ne peut y avoir de parti de la richesse nationale.

Le Crédit Social n'est sorti ni d'un parti ni d'une tête de politicien.

Le génie qui a conçu et présenté au monde les données du Crédit Social, c'est le Major C.-H. Douglas, ingénieur écossais. Depuis ses premiers écrits sur le sujet, en 1918, jusqu'à sa mort en 1952, jamais le Major Douglas n'a préconisé ni approuvé un parti politique pour faire valoir ses idées. Au contraire, en maintes occasions, il a dénoncé toute tentative dans ce sens.


Perversion et démission

Lorsque des hommes se disant créditistes mettent leurs efforts à la recherche de sièges parlementaires, ils se détournent du peuple pour se tourner vers le pouvoir. «On to Ottawa», marche sur Ottawa, disent-ils, pour conquérir le pouvoir central. C'est l'envers du Crédit Social, qui veut distribuer le pouvoir au peuple.

Aussi les vrais créditistes ne font point de campagne pour les hommes qui veulent le pouvoir; mais ils font campagne pour le peuple, en tout temps. Ils le font entre les élections et ils continuent de le faire en temps d'élection.

Le Crédit Social, avec sa conception nouvelle de la distribution et de la répartition de la richesse, ne peut être accepté que par un peuple suffisamment éclairé, et ne peut être obtenu que par un peuple suffisamment en action pour exiger sa mise en application.

Se fier à de simples activités électorales pour obtenir le Crédit Social, c'est une démission. C'est renoncer à éclairer le peuple, à former des citoyens adultes. C'est porter le peuple à mettre son espoir dans des élus, au lieu de le mettre en lui-même par le développement de sa propre force.


Parasitisme et malfaisance

Le Canada français compte beaucoup de créditistes, surtout dans la province de Québec. Ils y sont plus nombreux, mieux renseignés et plus dynamiques que dans n'importe quelle autre province. Or, aucun de ces créditistes n'a été fait ce qu'il est par Solon Low ni par ses acolytes d'élection.

Mais, pour servir leurs propres fins, Solon Low et ses partisans cherchent à exploiter l'œuvre accomplie par l'Institut d'Action Politique et l'Union des Électeurs. C'est du parasitisme, et ces messieurs sont des parasites.

Des irresponsables aussi. Ils se fichent bien de ce que leur excursion électorale pourrait causer de tort au mouvement authentique du Crédit Social, en jetant la confusion, en mêlant les esprits dans la population, en rendant la propagande plus difficile. Après chaque aventure électorale des créditistes de la province de Québec terminée par un échec, jamais les plus ardents promoteurs de l'aventure n'ont levé un petit doigt pour réparer le mal fait; ils se sont toujours retirés sous leurs tentes, laissant aux apôtres le soin de guérir les blessures et de relever les ruines.

Aussi, est-ce en fonction de toute l'expérience du passé et au nom de tous les dévouements mis sans relâche au service de la cause, que, non seulement nous déclarons n'avoir aucun lien avec les candidats qui se prévalent de Crédit Social dans la présente élection, mais nous dénonçons catégoriquement leur attitude: elle ne peut que nuire là la cause authentique du Crédit Social.

Il est évident, d'ailleurs, que les candidats de M. Low ne désirent rien mieux que de nuire à l'Union des Électeurs. Lui-même déclarait ouvertement l'an dernier, dans une conférence de presse: Il faut tuer l'Union des Électeurs dans l'œuf (kill it in the egg).

Et dans la même occasion, il déblatérait contre les dirigeants et contre la littérature de l'Union des Électeurs.

Le parti de M. Low est mal en point dans l'Ouest à la présente élection. La vague conservatrice menace de lui enlever des comtés. Pour tâcher de garder le vote des électeurs de ces comtés aux candidats de son parti, il veut faire miroboler devant eux le «nombre augmenté» de candidatures surgies chez-nous. Gonfler quelques baudruches dans l'Est pour redonner confiance à ses chancelants de l'Ouest. C'est pourquoi il fournit à quelques ambitieux les piastres nécessaires à couvrir leur dépôt et un peu de publicité.

Les baudruches crèveront le 31 mars. Mais elles n'auront fait de bien à personne, ni à ceux qui n'auront vu que les pellicules, ni à ceux qui auront respiré le gaz empesté dont elles s'étaient gonflées.

Vers Demain, 1er avril 1958



L'adoption d'une idée d'envergure comme le Crédit Social ne peut être l'affaire d'un simple changement de gouvernement. Elle dépend de sa pénétration dans les esprits et du comportement qu'elle développe chez un nombre croissant de citoyens.
À la veille d'une élection


(Publié dans le numéro du 1er avril 1958, mais écrit le 18 mars. L'élection fédérale avait lieu le 31 mars.)

La présente élection a encore fait perdre la tête à quelques créditistes. Mais, comme par le passé, les plus prompts à s'exciter en temps d'élection sont en général ceux qui remuent le moins - et souvent pas du tout - entre les élections. Ils ont le droit de s'amuser; mais nous ne leur reconnaissons pas celui de chercher dans les rangs de nos travailleurs les hommes qui leur manquent pour faire les frais de leur folichonnes aventures. Nous ne pouvons pas, non plus, sans rien dire, les laisser jeter la confusion dans les esprits, avilissant le sens du Crédit Social pour en faire une vulgaire course au pouvoir ou à des sièges parlementaires.

Ce qui devient déplacé autant que grotesque de leur part, c'est de nous reprocher de ne pas vouloir les suivre dans le sillage de lustucrus. Il n'appartient pas à des gens assis d'une campagne électorale à l'autre de donner des lignes de conduite à ceux qui se dévouent à l'année longue.

Nous désavouons catégoriquement et publiquement ces lucioles d'élection, pour que tout le monde sache bien qu'elles ne représentent point du tout le mouvement créditiste de chez nous. Après l'élection, quand nous demanderons aux hommes publics le dividende à tous, ou la finance au service des développements du pays, on n'aura pas le droit de nous dire, comme après certaines élections du passé: «Vous avez présenté tant de candidats, combien en avez-vous fait élire? Vous voyez bien que la population ne veut pas de votre Crédit Social!»

Ce langage-là pourrait revêtir un semblant de vérité si nous ne proclamions pas d'avance, et sans réserve, que le mouvement authentique du Crédit Social - le nôtre - ne présente absolument aucun candidat et n'appuie aucun de ces prétendus candidats du Crédit Social. Ils ne représentent qu'eux-mêmes, leur vanité et une petite clique du même cru. Le nombre de votes qu'ils pourront avoir ramassé sera absolument sans rapport avec la force créditiste existante.

- Mais faut-il donc se mettre derrière Diefenbaker ou Pearson, et peut-on espérer que ces vieux partis nous donneront jamais le Crédit Social?

- Le créditiste ne se met derrière personne. Il est en avant dans l'Union des Électeurs, debout devant les gouvernements de quelque couleur qu'ils soient, réclamant la même chose, avec la même persistance, que ce soit un Diefenbaker ou un Pearson, ou n'importe qui, à qui il s'adresse.

Et les créditistes n'attendent nullement le Crédit Social d'aucun parti, pas plus d'un jeune que d'un vieux. Ils n'attendent la réalisation du Crédit Social que de leurs efforts, que d'un peuple éclairé et formé par eux.

Le Crédit Social est bien plus un mode de civilisation qu'un texte de loi. Et une civilisation créditiste, comme n'importe quelle autre, ne se bâtit pas par une élection et ne s'obtient pas d'un parti.

Vers Demain. 1er avril 1958

dimanche, mars 15, 2009

Un parti de Judas

Le 4 mai dernier, quelques douzaines de créditistes se réunissaient à Québec, en réponse à l'invitation faite par un Comité d'électoralistes qui foulent aux pieds la philosophie du Crédit Social. Les journaux du lendemain, qui n'ont jamais eu de place pour les événements les plus considérables du mouvement créditiste authentique, ont trouvé toute la place voulue pour le rapport, avec photos, d'un conciliabule poursuivant un but de sabotage. C'est déjà un signe.


Porte-étendard de la trahison

À cette réunion, le principal orateur fut Réal Caouette, qui réclame rien moins que la direction de toutes les forces créditistes de la province de Québec pour servir ses ambitions politiques frustrées.

Ce brandissement de l'étendard de la révolte a pu surprendre des créditistes moins renseignés. Il n'a aucunement surpris les directeurs de l'Institut d'Action Politique et leurs collaborateurs immédiats. Il y a au moins dix ans que se cultivait et se manifestait localement ce ferment malsain. Tout en essayant de le contenir, nous évitions tout éclat pour ne pas réjouir les adversaires du Crédit Social ni effaroucher les faibles. Mais Réal Caouette et son escorte ayant eux-mêmes posé l'acte d'éclat, il est du devoir de Vers Demain de placer les faits et les hommes devant ses lecteurs.

Depuis près d'un quart de siècle, le mouvement authentique du Crédit Social, conduit par l'Institut d'Action Politique et opérant politiquement par l'Union des Électeurs, travaille à démolir la politique de parti. Et le succès est venu couronner les efforts. Nous avons fait disparaître la politique de parti de l'esprit des créditistes qui s'inspirent de Vers Demain. Nous l'avons considérablement affaiblie dans l'électorat en général: le vote du 31 mars en est une manifestation; l'idole libérale qui dominait Québec est tombée, l'électorat se détache de l'idée parti.

Or voici qu'un petit groupe d'ambitieux veulent ressusciter l'idée de parti, en se parant de l'étiquette créditiste. C'est une horrible prévarication de tout ce que signifie la politique envisagée par le fondateur même de l'école créditiste, le Major Douglas. C'est cela la grande trahison dont Réal Caouette se fait porte-étendard.

Et par une aberration que seul peut expliquer l'orgueil qui aveugle son homme, Réal Caouette proclame ouvertement cet objectif après que 23 années de méthode électorale par le parti dit du Crédit Social ont abouti au néant absolu.

Réal Caouette serait prêt, s'il le pouvait, à entraîner tout le mouvement créditiste dans une aventure aussi catastrophique. Pourvu que lui entre au Parlement, quand même il mettrait tout le mouvement dans le trou pour cela, ce n'est pas lui qui travaillerait à le sortir du trou. Ni lui, ni Laurent Legault, ni les acolytes qui les entourent, n'ont le sens des responsabilités. Ils l'ont démontré péremptoirement au lendemain de l'aventure électorale de notre mouvement en 1948. Ce sont eux qui poussaient à la méthode électorale, avec «92 candidats dans 92 comtés». On leur fit cette concession. Ils y engouffrèrent les efforts, le temps et l'argent de milliers de créditistes, et la presque totalité de la réserve financière de Vers Demain. Or le lendemain de l'échec, ils étaient au repos, quand les autres, les vrais créditistes, les apôtres de la cause, se démenaient jusqu'à l'épuisement pour réparer le dégât.

Non, monsieur Caouette; non, monsieur Legault; non, messieurs les transfuges, les créditistes ne seront pas vos poires à ce point-là.

Le mouvement créditiste de la province de Québec et de tout le Canada français a été monté par des hommes et des femmes de dévouement: par des plein-temps qui y consacrent leur personne et leur temps tout entiers dans une vie de sacrifices; par des assistants-directeurs, conquérants et autres qui donnent leurs loisirs en tout ou en partie à l'apostolat pour la cause. C'est trop précieux pour en faire l'escabeau d'ambitieux et de prétentieux.

Réal Caouette a peut-être travaillé sincèrement au service de la cause, au début du mouvement dans le nord. Dans ce temps-là, il ne nourrissait peut-être pas encore d'ambitions politiques. Il a donné plusieurs dimanches à porter le message créditiste. Mais son succès électoral de 1946, qui fut dû en grande partie à l'aide des plein-temps et de la direction, semble l'avoir gonflé. Il en a tiré un panache qui lui rallie encore aujourd'hui quelques créditistes actuellement inactifs, sur lesquels il se fie pour son entreprise de sabotage.


C'est l'orgueil qui se révolte

Mais dans notre mouvement, ce n'est point le panache qui compte, ni l'airain sonnant, ni les cymbales retentissantes. Lorsque quelqu'un s'assoit dans son confort, cessant de se dévouer pour la cause, nous le laissons simplement à son confort, à son chalet ou à ses autres aises, et il n'y a point de place pour lui autour des tables où se tracent les programmes, ni sur les tribunes où on les proclame. Cela déplaît souverainement aux vaniteux. Aussi, était-il coutumier, dans nos assemblées régionales dans l'Abitibi, ou dans nos congrès annuels, de voir Réal Caouette et ses adulateurs tenir leurs apartés à l'écart dans le fond des salles, ou leurs cocus dans quelque Cadillac en marge de nos Congrès.

Trois semaines après notre dernier Congrès annuel, le 20 et le 21 septembre, Réal Caouette, Laurent Legault, Gilles Grégoire et huit autres personnes répondant à leur appel, se réunissaient à l'hôtel Mont-Royal, à Montréal, pour prendre des premières décisions en vue d'une organisation créditiste nouvelle, différente de l'Institut d'Action Politique.

C'était déjà officiellement se séparer de notre mouvement. Mais ils opéraient en cachette, imposant le secret à leurs confédérés. Puis une fois découverts, ils affirmaient qu'ils ne voulaient rien faire en marge de notre mouvement, que surtout ils ne voulaient pas former de parti politique. Le mensonge ne leur coûtait guère. À Rouyn, après une réunion des assistants-directeurs de la région, nous consentîmes à une entrevue de trois quarts d'heure avec Réal Caouette. Il réitéra ses sentiments de fidélité à la direction, et déclara que le groupe de l'hôtel Mont-Royal renoncerait à son idée. La suite prouva qu'il s'agissait là d'une promesse de politicien.

Dans le numéro de 15 mars (1958), Vers Demain répondait à la question: Quelle attitude recommander aux membres de l'Institut et de l'Union des Électeurs dans la présente élection fédérale?

Nous déconseillions toute candidature en relation avec l'Union des Électeurs ou avec le Crédit Social.

C'était une directive générale. Mais Réal Caouette se présentait alors comme candidat dans le comté de Villeneuve. Il se jugea visé personnellement. L'article l'irrita et irrita les autres électoralistes soi-disant créditistes de son comté.

Aurait-il donc fallu nous taire, ne pas exercer notre droit d'éclairer les créditistes, au moins les lecteurs de Vers Demain, en face de l'électoralisme qui, en certains endroits, travaillait les rangs des créditistes?

Si Vers Demain a le droit, et le devoir, de dénoncer les manœuvres de politiciens libéraux ou conservateurs, alors qu'elles opèrent à l'extérieur de notre mouvement, à plus forte raison a-t-il le droit et le devoir de dénoncer des manœuvres destructives qui ne craignent pas d'opérer à l'intérieur de notre mouvement - et l'électoralisme en est une.


La colère au service de l'orgueil

Les passions de Caouette et de son groupe se déchaînèrent. Surtout après sa défaite électorale, qu'il ne pouvait avaler.

Aucun candidat créditiste ne fut élu dans tout le Canada à cette élection. De sorte que, quand bien même Caouette l'aurait été, qu'aurait-il pu faire seul dans le Parlement, en matière de Crédit Social, quand 10 à 19 députés créditistes n'y avaient pu rien faire pendant 23 ans?

Le peuple n'aurait rien eu de plus. Mais pour Caouette, c'est Caouette et non le peuple qui compte. Et sa rage éclata.

Le samedi suivant cette défaite, sa quatrième défaite électorale, parlant à la radio de Rouyn, il déversa sa bile et sa colère contre Vers Demain, contre la direction du mouvement, plus particulièrement contre Mme Gilberte Côté-Mercier. Mme Gilberte Côté-Mercier est pourtant la personne qui s'est le plus entièrement donnée à la cause du Crédit Social, avec le dévouement le plus pur, sans la moindre récompense matérielle, sacrifiant parfois jusqu'à sa réputation pour servir la cause. Et cela, alors que le paon Caouette se contentait de se produire en public et de vivre le plus confortablement possible.

Des électoralistes de l'entourage de Caouette allèrent jusqu'à dire: «S'il faut choisir entre Réal Caouette et Mme Gilberte Côté-Mercier, on choisit Caouette!»... Le ver-luisant plutôt que l'étoile.

D'autres disaient, et faisaient écrire dans des journaux, que notre désaveu de la candidature Caouette provenait de ce que la directrice était jalouse de Caouette et de son prestige. Comme si l'éducation universitaire et post-universitaire de Mme Gilberte Côté-Mercier avait quelque chose à envier au vernis de cours commercial de Réal Caouette; ou comme si Mme Côté-Mercier pouvait être jalouse du garage de Réal Caouette ou de son chalet d'été.

Mais le choix n'est pas entre elle et lui. Le choix est entre l'Institut d'Action Politique et l'électoralisme; entre l'éducation, la formation d'un peuple, et l'exploitation du peuple pour obtenir une majorité électorale, pour occuper un siège où il n'y a rien à faire pour le Crédit Social, mais $10,000 à ramasser des taxes du peuple.

C'est tout puant encore de ses salissures à la radio de Rouyn que, le 4 mai, Réal Caouette s'est fait élire président d'un nouveau groupement qui, prétend-il, ralliera sous sa bannière, en moins d'un an, tous les créditistes de la province de Québec.

Ces déraillés ont décidé de s'appeler le Ralliement, en attendant de se trouver un nom à leur prochaine réunion, à la fin d'août. Ils n'ont pas besoin de s'en chercher un bien longtemps. Ils trahissent une cause. Les gens qui trahissent s'appellent traîtres. Si la cause qu'ils trahissent est belle, on les appelle des Judas. Le Crédit Social est une cause très belle, et ceux qui la trahissent sont des Judas. Le parti de Réal Caouette est un parti de Judas.


Vers Demain, 1er juin 1958


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